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Edito

De par notre parcours, notre éducation, notre sensibilité, certains sujets nous touchent plus que d’autres. Femme rurale mariée à un agriculteur, je suis peinée de voir que les idées reçues et les préjugés sur la profession ont encore la dent dure.

Possible référendum d’initiative partagé sur la condition animale, dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes, question du brulage du lin : les sujets liés de près ou de loin à l’agriculture sont nombreux pour cette rentrée. Je regrette le traitement qui leur est réservé, où la passion prend bien souvent le pas sur la raison. Il est grand temps de nous interroger collectivement sur le risque d’une lecture binaire et manichéenne de ces problématiques sur lesquelles il n’y a souvent pas de bonne ou mauvaise solution, mais des compromis à trouver.

Le projet de loi sur les néonicotinoïdes que nous examinons en ce moment à l’Assemblée nationale en est un exemple type. Les néonicotinoïdes sont des insecticides interdits depuis 2018, qui étaient utilisés pour la protection des cultures contre les nuisibles. Depuis la mise en œuvre de cette interdiction, les producteurs de betteraves, qui sont nombreux sur notre département, déplorent le développement de pucerons verts porteurs de « jaunisse de la betterave » causant une baisse significative de leurs rendements. Rappelons que la France est le premier producteur mondial de sucre de betteraves avec 26 000 planteurs.

Le projet de loi examiné à l’Assemblée nationale prévoit la mise en place d’une dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes. Les betteraviers eux-mêmes ont proposé un plan de prévention dans lequel ils s’engagent à réduire de 25% l’utilisation par rapport à la pratique précédente. Les députés de la majorité ont également conditionné leur vote en faveur du projet de loi à ce que la dérogation ne concerne que les betteraves. Dans ces conditions, le compromis me semble trouvé et permet de sauver une filière leader et des milliers d’emplois.

Alors oui, continuons à mener une politique volontariste pour trouver des alternatives aux produits phytopharmaceutiques, mais en gardant une agriculture compétitive (malgré les surtranspositions du droit européen) et promotrice de l’environnement. Accompagnons et encourageons nos agriculteurs dans cette transition nécessaire, sans les stigmatiser. Plutôt que de nous enfermer dans une vision binaire qui tend à opposer ruraux et citadins, agriculture et écologie, trouvons les compromis sans céder à la démagogie.

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